" Tout comme l'Inconscient accepte les placebos, il accepte les actes métaphoriques. Les pulsions ne sont pas résolues par sublimation mais par un acte qui les réalise symboliquement"  A. Jodorowsky

le jeu archétypal

La pratique du jeu archétypal constitue le socle du travail que proposent Martine Tollet et Jean Gagliardi dans leurs stages de la Traversée  des Apparences. Ci-dessous un texte explicatif écrit par Jean Gagliardi.

Mon amie Martine Tollet et moi-même proposons régulièrement des ateliers de jeu archétypal autour de contes de fées dont nous explorons, par ce biais, la portée initiatique. Nous nous inspirons en particulier de l’enseignement que nous avons reçu dans l’école québécoise Ho Rites de Passage et de sa fondatrice, la regrettée Paule Lebrun, qui s’appuyait elle-même sur les travaux de Jean Houston. Cette dernière pose les fondements de ce type de travail, qui tient du théâtre psycho-magique, dans son livre Psychologie sacrée et l’illustre en proposant de parcourir ainsi différents processus inspirés par de grands mythes comme Isis et Osiris, le Faiseur de Paix, etc. Cependant, Martine, qui est conteuse, formatrice à l’art du conte et metteur en scène, et moi-même avons en commun un amour profond des contes qui s’enracine dans l’étude de la psychologie des profondeurs de Carl Jung. Notre travail dans ce registre du jeu archétypal est ouvertement dédié à la mémoire de Mme Marie-Louise Von Franz, sous le patronage de laquelle nous nous inscrivons avec gratitude pour l’extraordinaire manne qu’elle a légué aux amoureux des contes au travers de ses livres.

 

Outre Jung, Von Franz et Paule Lebrun, auxquels nous rendons grâce comme étant les grands ancêtres dont la présence souriante nous accompagne, notre travail s’appuie sur les travaux de James Hillman, Joseph Campbell, Alejandro Jodorowsky, Robert Bly, Clarissa Pinkola Estès. Et bien avant eux, nous en référons à une tradition qui se perd dans la nuit des temps et relève de la célébration des antiques Mystères.

L’approche proposée par Jean Houston nous reconduit aux origines du théâtre rituel à Épidaure, le principal sanctuaire du dieu guérisseur Asclépios en Grèce, lui-même sans doute héritier de l’égyptien Imhotep. Cette filiation symbolique est importante dans la perspective de notre travail car Asclépios soignait au moyen des rêves, et Imhotep, qui fut assimilé au dieu Thot, est associé aux origines mythiques de l’Alchimie. Le premier chapitre du livre que je mentionnais plus haut de Jean Houston nous prend par la main pour nous faire visiter l’asclêpeion, le centre de soins d’Asclépios, dédié à la guérison dans une visée que nous qualifierions aujourd’hui d’holistique, c’est-à-dire à la purification ainsi que l’harmonisation du corps et de l’esprit. On y incubait des rêves qui apportaient bien souvent la guérison, comme en témoignent de nombreux ex-voto. On y écoutait de la poésie et de la musique. On y faisait des cérémonies. Et on y voyait de grands drames archétypaux mis en scène dans la tragédie grecque de façon à saisir le spectateur avec intensité, avant de le détendre par une comédie…

La démarche du jeu archétypal, quoiqu’elle n’ait pas de visée thérapeutique, revient aux sources de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la thérapie de l’âme, non seulement dans la notion du soin apporté à cette dimension souvent négligée de l’être, mais dans l’acception du mot grec therapia qui signifiait « servir les dieux » ou « accomplir l’œuvre des dieux ». Ce que les Grecs appelaient les dieux, nous les nommons « archétypes » dans le vocabulaire psychologique. James Hillman disait que l’âme, c’est-à-dire les archétypes qui vivent dans l’âme, se manifeste en symptômes. Et les archétypes vivent aussi dans les contes. Sous l’apparence naïve de ces derniers se dissimule un mystère vivant. L’étude des contes, disait Marie-Louise Von Franz, relève de l’anatomie psychique comparée dans laquelle ressort ce que toute l’humanité, au-delà de la fragmentation culturelle, a en commun. Dans ces histoires, qui virevoltent de bouche à oreille depuis la nuit des temps en se déclinant dans un chatoiement de versions teintées de différentes cultures, le héros ou l’héroïne traverse généralement des épreuves inouïes pour parvenir à la pleine conscience symbolisée par la royauté. Ils affrontent des défis terrifiants et reçoivent des aides magiques qui les amènent à découvrir leur véritable nature. Au contact de ces histoires, nous baignons dans le monomythe mis à jour par Joseph Campbell et nous sommes directement enseignés par l’inconscient collectif. Plus profondément encore, nous fondons notre travail sur le fait que nous retrouvons par-là les traces de très anciens rituels initiatiques reposant sur des dynamique encore vivantes dans un lieu secret de notre psyché. 

Ainsi, même si nous n’avons aucune ambition thérapeutique, et peut-être même justement parce que nous ne sommes pas entravés par une telle ambition qui ramène toujours au modèle médical, la démarche que nous proposons ouvre un espace dans laquelle l’âme peut jouer librement en se nourrissant d’images intérieures. Il s’agit simplement de mettre en œuvre un théâtre symbolique dans lequel le conte est parcouru comme une quête initiatique pour vivre dans un cadre sécuritaire les épreuves qui jalonnent le parcours du héros ou de l’héroïne. Nous visons par-là à réveiller, reconnaitre et contempler les puissances méconnues de l’Inconscient qui sont activées par le conte, et ainsi favoriser l’émergence en conscience de l’âme. Si nous devions nous donner un objectif, ce serait de faciliter l’intégration consciente des dynamiques archétypales explorées de façon à élargir la conscience et permettre l’accomplissement de processus naturels de croissance psychique se traduisant par un sentiment de complétude. Hommes ou femmes, nous apprenons par exemple à explorer plus avant les subtilités et profondeurs de notre masculinité, de notre féminité et finalement du mystère de leur rencontre, de notre humanité et de qui les dépasse. Nous touchons aux grandes questions existentielles qu’incarnent par exemple la sorcière vivant au fond des bois, l’innocent au cœur d’or et le diable, l’Ange secourable et nous les invitons à danser dans notre existence, pour à notre tour redécouvrir la fontaine de jouvence.

Pour cela, nous utilisons de nombreux outils et ingrédients. Le premier d’entre eux est le jeu symbolique dans lequel nous créons un espace privilégié pour l’expression des images intérieures. Une des clés d’un tel travail est de définir clairement le contenant hermétique dans lequel les forces archétypales pourront s’exprimer et se vivre sans débordement. S’il est question là de la définition d’un espace sacré, c’est sans ostentation, en gardant à l’esprit la langue des oiseaux qui nous rappelle que c’est simplement le lieu du jeu créatif, là où « ça crée ». J’aime aussi parler du « temps du rêve » pour désigner cette place particulière où la distance entre l’intérieur et l’extérieur s’amenuise, car on y demeure jamais qu’un temps bien délimité par des rites d’entrée et de sortie. On peut aussi parler du domaine de la « seconde attention » car c’est l’espace où s’ouvre un autre regard que celui que nous avons l’habitude de porter sur les choses, sur les êtres et sur nous-mêmes; nul ne pourra le trouver sur une carte car il est fait d’une certaine qualité d’attention que favorisent la méditation, les rituels symboliques, l’écoute des rêves et la disponibilité à la vie des images intérieures.

Une fois clairement défini le temenos, c’est-à-dire l’espace sacré où les symboles sont invités à prendre vie, le conte est déployé au travers d’un jeu de rôles mettant en scène des moments clés, autant que possible dans des décors naturels, avec quelques accessoires dont la portée est surtout symbolique pour favoriser l’envol de l’imagination. Les participant(e)s sont littéralement imprégné(e)s par l’histoire, dont le récit leur est fait dans son intégralité dès le début pour donner la carte du parcours à l’inconscient, et revisité dans le détail de chaque acte. L’invitation qui leur est faite est de vivre pendant plusieurs jours avec l’histoire, c’est-à-dire aussi de dormir et de rêver avec elle dans un stage résidentiel. L’écoute des rêves chaque matin apporte une riche moisson d’images intérieures souvent en résonance avec le conte, et toujours expressive de profonds processus intérieurs. Le rêve éveillé, l’imagination active, l’écriture automatique, la peinture spontanée, la danse et le chant ouvre des espaces de rencontre avec l’inconscient et d’expression de ce qui travaille les participant(e)s de l’intérieur. Enfin, des éléments d’analyse et d’amplification symbolique du conte sont proposés, tirés de différentes sources pour varier les points de vue, de façon à permettre à chacun(e) de tisser des liens avec son histoire personnelle. Le conte est ainsi ingéré, intégré, digéré… au fil des jours jusqu’à devenir une histoire vivante dans la psyché de chaque participant(e)s, son histoire qu’il ou elle rencontre à sa façon... 

Le travail est ponctué de moments de partage qui sont ritualisés en conciles de façon à éviter les discussions intellectuelles, dans lesquels les participant(e)s sont invité(e)s à résonner autour du conte et de sa mise en jeu archétypal. Il est bien précisé dès le début que nous ne sommes pas là pour nous livrer à de la psychothérapie de groupe mais pour offrir un espace à l’expression et à la vie de l’âme. Non seulement aucune intention thérapeutique n’est proposée au groupe, mais les partages ne sont pas dévolus à s’appesantir sur l’histoire de l’un(e) ou de l’autre. Tout est acceptable, tout est reçu qui participe de la vie de l’âme, et si une souffrance est partagée, personne n’a de prétention à la thérapeutiser ou la soigner (Soi-nier) de quelque façon et elle est alors accueillie comme faisant partie de notre humanité commune. Cela ne nous empêche pas de guérir (gai-rire) par la magie opérative de l’histoire qui se déploie ! Nous privilégions dans ces temps de partage la dynamique du cercle dans laquelle participant(e)s, assistant(e)s et guides sont au même niveau dans l’expression de leur vécu car les processus archétypaux nous affectent tou(te)s et nous veillons à ne pas entretenir de séparation inutile. Le silence participe de la mise en abime de l’histoire qui se déploie au travers du vécu de chacun, et la parole est ancrée dans l’expression du senti, de l’intuition et des images vivantes plutôt que des idées, qui pourront toujours être discutées lors des repas ou dans les moments d’échange libre, dans l’espace qu’il est convenu d’appeler « profane » car on y revient à nos personnalités ordinaires, au quotidien. Finalement, il ressort que le groupe tout entier constitue le contenant hermétique dans lequel se déploient, au sein d’une aventure commune tissée autour de la trame du conte, autant de chemins exploratoires qu’il y a de participant(e)s.

Le conte relie le personnel et l’universel. Il concerne toujours l’être humain total. Il ignore par exemple les identifications de genre. Il n’est pas sexué. Là où Robert Bly a, dans sa remarquable analyse, fait de Jean de fer, l’homme sauvage et l’enfant, une histoire s’adressant surtout aux hommes dans leur besoin de redéfinir et réinventer l’identité masculine en revenant aux sources de l’initiation qui conduit le garçon à devenir un homme, le jeu archétypal permet à tou(te)s d’explorer ce chemin initiatique. Ainsi une femme pourra-t-elle grâce à cette histoire appréhender de l’intérieur l’aventure héroïque de son masculin intérieur, et envisager son mariage avec sa propre féminité. Le conte se lit ainsi :

Au cœur d’une forêt où plus personne n’osait entrer de peur de disparaitre, on découvre un homme sauvage dans un étang que l’on vide. Le roi le fait emprisonner dans une cage de fer mais son fils de 8 ans le délivre en allant chercher la clé sous l’oreiller de sa mère car il veut récupérer la balle d’or qu’il a perdu dans la cage. L’enfant part avec l’homme sauvage qui lui déclare s’appeler Jean-de-fer et posséder d’immenses trésors. Il le met à l’épreuve en lui demandant de garder un puits dont l’eau teinte en or tout ce qu’elle touche. Mais le garçon échoue à cette épreuve et doit partir dans le monde avec une chevelure désormais toute dorée qu’il dissimule sous un bonnet. Il se fait embaucher aux cuisines d’un château et finalement se retrouve à travailler dans les jardins, où il est remarqué par la princesse un jour où le soleil joue dans l’or de ses cheveux. C’est alors que le royaume est menacé par un envahisseur et le jeune homme est aidé par Jean-de-fer à mettre l’ennemi en déroute. Le roi aimerait bien savoir qui est le mystérieux chevalier qui est, au moment critique, venu au secours de son royaume alors il organise un tournoi pendant lequel sa fille lance par trois fois une pomme d’or. Encore une fois, notre héros se fait aider par Jean-de-fer à triompher de l’épreuve et il finit par se faire reconnaitre par le roi à qui il demande la main de sa fille…

Une telle histoire se lit comme un rêve, sauf qu’au lieu d’être le rêve d’un individu, c’est notre rêve à tou(te)s. Elle nous reconduit à une place essentielle, là où est cachée l’étincelle d’or qui éclaire la vie de l’intérieur. J’évoque par là un poème de Clarissa Pinkola Estès que j’ai déjà cité dans ce blogue à propos d’un rêve mais qui mérite d’être rappelé :

Malgré nos attachements actuels,
malgré nos maux, nos souffrances, nos chocs,
nos pertes, nos gains, nos joies,
le site vers lequel nous nous dirigeons est
cette terre de la psyché que les aïeuls habitent,
ce lieu où les humains restent tout à la fois
divins et dangereux,
où les animaux dansent encore,
où ce qui a été coupé repousse,
et où ce sont les rameaux
des arbres les plus vieux
qui fleurissent le plus longtemps.
La femme cachée
qui entretient l'étincelle d'or
connaît cet endroit.
Elle sait.
Et toi aussi.

Tout est là. Je pourrais écrire des volumes sur le jeu archétypal, comme tant d’auteurs qui se noient dans la théorie, sans parvenir mieux que ce poème à saisir ce dont il est question, le but essentiel de ce travail. Voilà, il s’agit d’aller là où les animaux dansent encore et où l’aqua permanens teinte d’or tout ce qui entre en contact avec elle. C’est le lieu de l’alchimie secrète où nous redécouvrons notre véritable nature, tout à la fois divine et dangereuse. Ici, nous sommes enfin débarrassés de l’illusion qui voudrait que nos folies modernes soient un progrès et nous retrouvons enfin nos ancêtres dansant avec les animaux ainsi que les démons et les dieux… dans le grand flux de la vie.

Quand nous nous y entrons, que ce soit en le facilitant ou en tant que participant(e)s, nous ne faisons pas ce travail seulement pour nous. Il nous met en relation avec l’inconscient collectif, et c’est à double sens : non seulement celui-ci nous enseigne-t-il à devenir des humains plus conscients des archétypes qui vivent en nous, mais nous servons les archétypes. Nous permettons, le temps d’un jeu archétypal, aux dieux et aux déesses de marcher à nouveau sur terre. Nous nous laissons chevaucher par les archétypes, non dans une transe comme dans le candomblé ou le vaudou mais lucidement, ludiquement. Nous nous offrons à leur magie opérative, qui se révèle quand l’âme agit au travers du jeu des images. Et ce faisant, nous nous en faisons les conducteurs pour permettre à l’inconscient collectif de répondre aux défis de notre temps. Dans ce sens, il a été frappant que nous inaugurions notre théâtre archétypal avec le conte de la jeune fille sans mains au moment même où la campagne #metoo  battait son plein. Cette histoire, qui parle de l’initiation féminine vécue quand la féminité est abusée par le masculin, a pris soudain une résonnance qui dépassait le cadre de notre petit groupe. Et le fait qu’il y ait un homme qui se prête alors au jeu des archétypes avec son anima a pris alors une magnifique signification symbolique.

Le conte se lit ainsi :

Contre la facilité d’une opulence sans efforts, un meunier vend au diable ce qu’il y a derrière son moulin, croyant qu’il ne lui cède par là qu’un pommier en fleurs. En réalité, c’est sa fille qu’il a ainsi vendu mais celle-ci est tellement pure que le diable ne peut l’emmener. Il oblige alors son père à lui trancher les mains. Elle part alors sur les routes en ne comptant que sur la grâce de Dieu pour la nourrir et lui porter secours. Un Ange l’introduit de nuit dans les jardins du roi où elle mange une poire sur l’arbre. Le roi se cache pour surprendre le voleur qui lui dérobe ainsi ses précieux fruits, et tombe amoureux de la fille, l’épouse. Il lui fait faire des mains d’argent. Alors qu’elle attend leur enfant, il doit partir à la guerre. À la naissance de leur fils, le diable s’immisce dans leurs échanges de lettres et parvient à faire croire à la mère du roi que son fils ordonne que la jeune reine soit mise à mort. La jeune femme repart alors sur la route avec son fils et trouve refuge dans une forêt où elle est servie par un Ange. Le roi est désespéré à son retour de la guerre d’avoir perdu son épouse et son fils et part en quête, jurant de ne jamais dormir deux nuits au même endroit avant de les retrouver. Après sept ans de quête, il parvient enfin à une petite maison dans la forêt…

Il y a quelque chose de profondément guérissant dans de telles histoires. Celle-ci parle de l’initiation féminine dans un processus qui était ritualisé peut-être déjà au sortir du néolithique, comme en témoigne par exemple le fait que certaines versions indiquent que les mains de la jeune fille sont tranchées avec une hache d’argent, métal dédié à la Lune et rattaché à la Grande Déesse. Tout à coup, la perspective archétypale amène une nouvelle vision de la signification des épreuves que doit traverser la jeune féminité pour parvenir à sa pleine royauté : le diable, qui incarne le masculin négatif qui possède le père, s’avère un agent de transformation qui l’amènera en brisant une union insatisfaisante dans laquelle le masculin fait encore dans le sexisme bienveillant en procurant des mains d’argent à son épouse. C’est ce qu’évoque Marie-Louise Von Franz dans son commentaire de ce conte quand elle dit :

« Le conte nous montre que la seule manière pour cette femme de guérir la profonde dissociation et la blessure dont elle souffre est de les transcender. Les normes collectives ne lui servent à rien dans ce cas car ce serait la ramener à une "normalité" moyenne qui, ne correspondant pas à sa nature, lui serait nuisible. Vivre selon les conventions serait dissociant pour elle car elle ne pourra trouver son équilibre qu’à un niveau plus profond et plus individué. Pour elle, la vraie régression serait de s’adapter à une soi-disant normalité. Vouloir, à tout prix, adapter quelqu’un à une normalité moyenne peut mener à la maladie mentale. C’est pourquoi l’héroïne doit nécessairement quitter la société jusqu’à ce qu’elle ait trouvé sa propre vérité. »

Au travers de cette initiation, l’héroïne a acquis les trésors de la foi, de la patience et de l’endurance. C’est là l’aventure de l’individuation radicale que vivent non seulement les femmes confrontées aux abus du masculin, mais aussi les hommes blessés dans leur féminité, et qui osent se mettre en chemin pour retrouver leur propre vérité. Le conte se termine avec un renouvellement du mariage à un nouveau degré de conscience, ce qui peut se comprendre comme un symbole de l’illumination par la lumière de la vie. Au terme du chemin, toutes les souffrances sont rachetées et la vie retrouve enfin son caractère d’aventure sacrée. C’est ce que nous explique Marie-Louise Von Franz à qui je laisse le dernier mot :

« La (femme) qui, dans bien des cas, a dû faire le tour du monde pour trouver la vie, en aura découvert les richesses et la signification totale, sacrée. Pour elle, le simple fait de vivre est une expérience d’illumination. Elle aura pleine conscience de ce qu’elle fait, ce qui est le prix de ses souffrances. C’est ce que Jung entendait quand il disait : « une partie de la vie a été perdue mais le sens en est préservé ». »                                                                                                                                                                                                            Jean Gagliardi